Je veux du rock, du fun et des passionnés
J’arrive à discuter avec certaines personnes qui font le web (vous savez, ceux qui aiment les charrettes) et je ressens un sentiment commun chez beaucoup de personnes : celui d’être blasé par les rouages, le train train quotidien. Le sentiment de faire ce que tout le monde fait, sans défi, sans challenge. Surtout en agence, c’est pour cela que beaucoup travaillent en freelance uniquement ou en parallèle pour s’amuser (et gagner plus, comment ça en agence ça paye mal ?)
Sans cracher sur mes expériences passées, loin de là que ça soit clair, j’ai pu constater à quel point le fait de faire travailler des gens doués ensembles, DA, développeur, concepteur amenait souvent à un site banal, voir pourri disons le aussi clairement.
Le coupable ? Dans la majorité des cas le client. Celui-ci est trop frileux, trop préoccupé par ses mentions légales. Il en oublie souvent son produit et ses internautes.
Attention ici, je ne parle que de sites promotionnels et rien d’autres, un site e-commerce ou institutionnel fait référence à d’autres problématiques (quoique parfois je serais bien partisan de pousser un peu les « codes »). Sur ce type de problématique évenementielle ou promotielle, l’agence reçoit le brief, à elle de trouver une idée pour mettre en valeur, faire buzzer, informer etc.
Jusque là on est toujours bon, on a une marge de manoeuvre (pas toujours)
Vient la période de conception, échanges avec le client. 2 façons d’approcher cela, où le client n’est pas ce que j’appelle un mec du minitel (vieux croulants responsable de la cellule web de l’entreprise) ou encore un fils à papa qui croit que le web c’est facile et que c’est fun (mode pubard). Je caricature mais c’est pour forcer ce que j’essaie d’expliquer. Sans citer de clients, j’ai vu des responsables oser me dire « je suis responsable de la cellule web mais entre nous, j’y connais rien » -_-. Si tenté que vous soyez dans un gros groupe, il y a de fortes chances d’être bridé à ce que j’appelle du webmasteting, aucune plus value, aucun challenge si ce n’est de la déclinaison d’une « idée 360″ complètement inadaptée au web. Merci les gars de la stratégie de com qui n’ont jamais fait du web, ouvre moi un PSD, ouvre moi un fichier php, mets moi en place un cache serveur et vient me parler web après.
Expliquer moi sincèrement l’intéret de pondre un site avec la pub télé dans un gros flash ? Aucun. Et pourtant on en voit ! Twitter la video, Facebooker la vidéo et voilà ce qu’on appelle un dispositif en ligne. Super que c’est original. Le pire c’est parfois l’argent dépensé en campagne de bannière pour relayer ça. De la communication d’un autre âge. C’est un peu comme IE6, les bouses sont tenaces tel un vieux morceau de chewing-gum collé à votre chaussure (référence à un film). D’ailleurs toi le client, réveille toi, IE6 compatible ça te fait perdre de l’argent, ça n’apporte rien. Apprendre le concept de dégradation élégante pour les nuls
Un concept en ligne ce n’est pas ça. Allez trainer du coté de chez Gaduman qui nous prouve qu’on peut créer de vraies expériences en ligne, digne d’intérêt pour :
-l’agence qui bosse dessus et donc les équipes derrière (non mais croyez-vous sincèrement qu’un DA sera autant créatif sur une charrette où il y a du challenge ou le concept est original comparé à un site avec un gros visuel, une navigation, 10 lignes de mentions légales, un formulaire ?)
-les internautes qui veulent souvent voir autre chose qu’un pdf en html ou en flash. Où est l’entertainment ? Où est l’expérience utilisateur ? Où est le fun ? On me répondait souvent que lorsque la problématique est mass-media sur une cible large qu’ il y a trop de contraintes pour envisager quelque chose de créatif. Mais bullshit ! Regardez les opérations montées par Buzzman, Chabal avec Orange gros succès, idée simple mais fun. La prod laissait un peu à désirer mais en ayant connaissance des dessous (= opération montée en guerrier) mais globalement bonne image pour Orange. Le web permet justement de ne pas se contenter de toucher le mass media comparé à la télé. Alors messieurs les clients, composez vos briefs en conséquence !
-le client. Toi le client, n’as-tu pas envie qu’on parle de ton site, que ton produit soit vraiment mis en valeur sur le web plutôt que faire le passe plat des équipes marketing offline ? Prenons exemple avec Redbull qui sait communiquer sur tout ce qui est street marketing et en ligne. On a droit à des dispositifs dédiés et le nombre de fois où les sites web de la boisson ont tourné me suffit. La dernière opération vue chez Blogoergosum fait le lien entre le offline et le online. On n’en a pas moins de la plus value en ayant accès aux vidéos des coulisses etc. La DA est propre, le code ne me parait pas bien compliqué mais ce n’est pas obligé de l’être tout le temps.
Le premier problème majeur se situe là : savoir ce qu’on veut faire sur le web et ça bon nombre de clients ne le savent pas. Outre des incompétents cotés clients (attention pas toujours et heureusement ça bouge), on a souvent droit à une réponse facile de l’agence. Combien de fois ai-je vu les concepteurs, DA blasés lorsqu’il me voyait arriver avec un brief. « Encore ce client ». La messe est dite, après avoir fait 10 fois un site en tentant de pousser un concept original au profil d’un site basique, le DA,et c’est humain, ne se casse plus la tête. On fait ce qu’aime le client. Voilà ce que j’ai entendu. Voilà tout ce que je ne veux pas faire ni entendre.
Tous les sites n’ont pas à vocation de buzzer, simplement travailler une image en ligne (tout ce qui est luxe, parfums par exemple). Le succès du site restera toujours confidentiel mais ce n’est pas la stratégie, c’est un choix purement esthétique. L’opération avec Marion Cotillard Lady Dior en est un exemple. Je trouve la qualité de la production en deçà de ce que j’aurais pu m’attendre mais j’imagine délais courts etc (au fait sans les www, le site ne marche pas chez moi, oui je suis cruel mais on fait du web ou pas). Ah mais oui le problème du délai, raison souvent invoquée (et vérifiée) a tout de même bon dos pour expliquer la médiocrité d’une campagne. Il faut simplement arrêter de passer 10 000 ans sur la conception pour pondre une idée basique pour en plus avoir des délais de production trop courts afin d’en assurer la qualité.
Les amis d’Addiction Agency ont sorti le site Les Meningo récemment que je trouve long à charger (gros problème) mais la production est léchée, c’est calé. Le sujet est loin d’être évident pour le rendre ludique et le site répond bien sa mission selon moi(non non je ne dis pas ça parce que ce sont des amis). Le client semble avoir accepté ou initié (je n’ai pas le détail des coulisses) une approche originale. On ne fait pas ce que font les autres. Evidemment pour des soucis de budgets, de temps de mises en production on ne peut pas trouver l’idée du mois tout le temps mais de là à ne pondre qu’un site original par an, c’est très léger. Original ne veut pas dire compliqué. Cela peut l’être, et alors ?
Une fois ces obstacles passés, nous passons en phase créative (je fais l’impasse sur les contenus, je trouve qu’on ne travaille pas assez ce sujet, même sur une partie promotionnelle, le site doit offrir un complément, une plus value.). Si l’idée est basique, la DA sera propre (et encore) et c’est tout. Ne pas en attendre plus. Et bien malheureusement si je comprend la lassitude des DA, ce n’est pas ce que j’attend des personnes avec qui je travaille. Tout le monde doit se challenger et élever le niveau d’une production à tous les niveaux, même si le client est un mec du minitel. Quand j’ai débuté, je laissais souvent passer des choses en me disant le DA est expert c’est son job. Mon travail est de coordonner tout ce petit monde. Le chef de projet doit souvent aussi « emmerder » les DA pour tenter de faire quelque chose de bien malgré la dose de contraintes et les mauvaises surprises dont le juridique toujours en retard pour vous donner les mentions plus ou moins longues au dernier moment. Et je vois déjà des sourcils qui se lèvent.
Et le chef de projet dans tout ça, il fait quoi pour le DA afin de pousser le concept ? Il essaie de le pousser justement mais combien de fois ai-je vu, ai-je fais aussi un simple envoi « voici 2 versions ». Grossière erreur, manque de temps, l’urgence. Je pense vraiment que si un vrai discours était accompagné avec les créa, voir que les DA venaient présenter eux-mêmes leur idée au client comme le suggère Laurent est une bien meilleure façon d’envisager la production créative du site. On aurait beaucoup moins de dégradation créative (les aller/retours où on arrive à une création médiocre). Mais faire cela en agence suppose que le management accepte cette approche. Pas gagné encore ça. Un autre problème avec les DA est leurs compétences web. Trop de DA print souvent qui ne conçoivent leur PSD que sous forme ergonomique en oubliant l’expérience d’être sur un site intéractif (désolé messieurs mais le print ce n’est pas le web). Attention, je parle de sites évènementiels ici, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dis car les problématiques d’accessibilité et d’ergonomie me tiennent à coeur, mais dans d’autres sujets web.
La partie développement maintenant. D’une part, site promotionnel = flash a le don de m’énerver. De plus qui dit stratégie web voudrait dire envisager une expérience entre différents sites sociaux. Tout le monde joue avec FB, très bien. Et twitter, et Foursquare ? etc. Non c’est tellement plus simple de facturer 100 000 euros une opération en ligne qui photocopie ce qui existe déjà. Ce n’est pas ma conception du métier et dont beaucoup de passionnés que je connais. On voit trop de personnes qui voit ça comme un job cool sans plus et sans avoir mis les mains dans le cambouis. En gros ce genre de personne ne sert à rien, rire fort c’est bien si tu veux mais personnellement je préfère réfléchir avec mon développeur sur les possibilités techniques, les nouvelles briques de code expérimentales comme la reconnaissance vocale de Didier brun. Sincèrement, le code bâclé me sort par les yeux. J’aime travailler dans l’urgence, je trouve ça stimulant. Mais ça ne doit pas jouer sur le soin à apporter, caler les éléments du DA. Je l’ai déjà dis mais je le redis.
Je ne suis pas fatigué de mon job, ni avec qui je travaille, je suis fatigué de ne pas voir plus de risques des clients, être trop classique, de retrouver dans les sites cette ambiance de travail à la chaîne au détriment des règles de bases qui font qu’un job on l’aime ou on le quitte comme dirait notre Président : être passionné, connaitre son sujet, avoir toujours envie d’apprendre pour innover. Je suis fatigué de travailler avec des personnes coincées dans leur carré de codes croyant tout savoir sans écouter les autres, sans laisser la chance à des idées atypiques, fatigué de travailler avec des incompétents (je ne parle pas des juniors mais bien d’incompétents) qui croient savoir sans savoir justement, entendre des « mais c’est facile je le fais moi, je l’ai vu sur un autre site » ça me saoule.
Comme ceux qui se prennent trop au sérieux, on peut être professionnel en s’amusant, surtout dans notre domaine. Un simple billet d’humeur, de réflexions sur le métier qui ne va pas changer les prochains sites qui vont sortir, mais une chose est sûre, dans n’importe quelle agence où je serais, je bosserai dur pour tenter d’être rock n roll, fun et rester passionné et que ça ressent dans les projets que je sors et avec les personnes avec qui je travaille. L’ami ByUs me prouve qu’avec des idées et des gens passionnés, on peut sortir de jolies productions sans facturer 100K.
Je ne me vois pas dans un type d’agence particulier, tant que les projets sont innovants, fun, dans une ambiance rock n roll, ça me va. Tant que le travail est de qualité. Un studio comme North Kingdom, Big Spaceship etc m’irait bien je pense
. C’est le genre de studio qui arrive à travailler pour de belles marques avec du budget, qui produisent des travaux de qualité.
Tags: humeur
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